samedi 25 février 2017

25 février 2017 (Ciudad de Panamà)


   Pour bien démarrer la journée... un bagel pour changer !

Après avoir déposé l'essentiel de nos bagages au Best Western Plus Panamà Zen Hotel (!) où nous avions déjà dormi avant la séquence des San Blas et qui est proche de la station de métro Via Argentina, nous avons expérimenté la première ligne de métro d’Amérique centrale (13,7 km) qui va de Albrook à San Isidro. Elle a été inaugurée en avril 2014, après seulement 3 ans de travaux et les rames sont sorties d'usines Alstom (cocorico !).


Nous sommes descendus à la station "5 de Mayo" dans le quartier de Santa Ana et avons remonté l'Avenida Central piétonne et commerçante qui mène au Casco Viejo que nous voulions découvrir. Cette rue animée et ses alentours immédiats sont un spectacle permanent. Les vendeurs de billets de loterie sont légion. Ils voisinent avec des petits marchands en tous genres. Les coiffeurs sont curieusement regroupés géographiquement et travaillent côte à côte. Nous n'avons toujours pas trouvé de boîtes à lettres. Olivier, en revanche, a trouvé un... panama pour remplacer la casquette engloutie dans le río Caldera.





    Femmes Gunas 



   L'histoire de Panamà en trois fresques



Le Casco Viejo ou Casco Antigo est la vieille ville de Panamá, située sur une petite péninsule qui avance dans la baie. Le quartier était, il y a encore dix ans dangereux. Il est aujourd’hui très sécurisé. La police est omniprésente, d'autant que la période de carnaval a commencé hier soir et doit durer jusqu'à ce mardi-gras. Il englobe le quartier colonial de San Felipe et une partie de celui de Santa Ana et du Chorillo.

San Felipe est un lieu vraiment à part "dans une capitale bouillonnante où l’on s’arrache les dernières maisons centenaires pour les raser et planter des tours et où l’automobile et les centres commerciaux sont rois". C'est un véritable havre de calme, plein de charme. Mais il y a encore du travail pour au moins une génération si l'on veut rénover tous les bâtiments qui mériteraient de l'être, après avoir été laissés à l'abandon pendant des décennies.

Le quartier colonial a connu en effet bien des vicissitudes. Il fut pendant très longtemps le centre économique, politique et religieux du pays et a subi de fréquents incendies aux XVIIe et XVIIIe siècles. "A la fin du XIXe siècle, l’élite est bien présente et les étrangers débarquent en masse faisant grimper les prix. Mais au cours du XXe siècle, le quartier va se paupériser petit à petit. A partir des années 1920, l’élite abandonne les luxueux immeubles particuliers pour des maisons plus grandes et modernes situées dans les quartiers résidentiels de La Exposición, Bellavista, et plus tard de El Cangrejo, San Francisco ou Paitilla. Les immeubles vacants sont rapidement fractionnés et mis en location. Ce phénomène de subdivision de l’espace va très loin et s’accompagne d’une augmentation de la population qui atteint des sommets dans les années 1970. Les immeubles ne sont plus entretenus et les autorités ne connaissent parfois même plus le nom du propriétaire… Les beaux immeubles se transforment alors en taudis surpeuplés. Le quartier devient dangereux et des gangs redoutés font leur apparition dans les années 1980 du côté de la place Herrera… Néanmoins, les autorités commencent à restaurer les églises et les plus belles demeures de San Felipe dans ces mêmes années. Le changement radical intervient en 1997 quand l’UNESCO inscrit l’ensemble du quartier sur la liste du patrimoine mondial. L’Etat et les investisseurs privés se lancent alors dans d’importants travaux de restauration. Aujourd'hui, c'est de plus en plus un quartier "branché".


   Café "Coca Cola", un café traditionnel à l'entrée de San Felipe



Nous avons déambulé trois bonnes heures dans les rues de San Felipe sans voir le temps passer en nous intéressant à l'architecture éclectique du quartier (anciennes maisons coloniales rescapées des incendies - ceux notamment de 1737 et 1756 -, maisons en bois de style caribéen, édifices massifs néoclassique ou Art déco) et en nous arrêtant pour visiter les différentes églises.











La première sur notre route, l'église de La Merced, conserve encore sa façade originale de style baroque, construite en 1680 avec les pierres de l’ancienne église du même nom de Panamá La Vieja. Deux tours massives couronnées par une coupole l’entourent. 


Au milieu de la place Herrera s’élève la statue équestre du général Tomás Herrera, valeureux meneur d’un mouvement séparatiste de quelques mois en 1840. Cette statue est l’œuvre du sculpteur français Auguste Denis. La place a été créée après l’incendie de 1781. Jusqu’en 1928, elle accueillait de nombreuses corridas. Parmi les immeubles, on remarque surtout celui restauré de l’American Trade Hotel, anciennement « La Reformada » (le premier "gratte-ciel" bien modeste de la ville) et l’ancien hôtel Herrera, édifié en 1923, ainsi que plusieurs maisons de la fin du XIXe siècle.


Dans une rue adjacente, des fresques rappellent le combat des Gunas pour faire prévaloir leurs droits. Le 25 février est d'ailleurs la date anniversaire de la "révolution Dule" qui a débouché sur le statut d'autonomie pour cette communauté.


Construite entre 1671 et 1677, l’église San José est célèbre pour son retable recouvert de feuilles d’or (Altar de Oro). La légende veut qu’il ait été sauvé du pillage de Panamá La Vieja par Henry Morgan grâce à l’ingéniosité des moines qui le dissimulèrent en le recouvrant de carbonate de plomb (céruse), mais il daterait en fait du XVIIIe siècle… Ses détails baroques en font l’une des plus belles œuvres religieuses de l’époque coloniale.



    Des statues du Christ en robe...


Nous sommes ensuite passés devant les ruines du couvent de la compagnie de Jésus.


La Plaza Independencia est aussi appelée Plaza Mayor ou Plaza Catedral. Là furent proclamées les deux indépendances du Panamá, en 1821 et en 1903. La plaza était autrefois carrée et servait pour des représentations de théâtre, des défilés militaires ou des corridas. Après l’incendie du couvent qui donnait autrefois dessus, elle a été agrandie en 1878 et aménagée en parc de forme rectangulaire, avec des arbres, des bancs et le kiosque qui se dresse en son centre.

Construits en 1678, l’église et le couvent Santo Domingo étaient des plus somptueux jusqu’à l’incendie qui les ravagea moins d’un siècle plus tard. L’ensemble est connu sous le nom de Arco Chato, en raison de la présence d’une "arche aplatie" très large, construite en brique et mortier pour soutenir le cœur. Au moment du choix du tracé d’un canal, alors que les Américains hésitaient encore entre le Panamá et le Nicaragua, l’arche, toujours debout malgré les siècles, était la preuve de la situation privilégiée du Panamá au niveau sismique. L’arche s’est finalement effondrée le 7 novembre 2003 sous les secousses… d’un marteau-piqueur ! Elle a été reconstruite à l’identique trois ans plus tard.


L’ancienne place d’Armes coloniale a été réaménagée en 1922 pour rendre hommage à la tentative vaine du percement de l’isthme par les Français. Au fond de la place, se dresse un obélisque au sommet duquel trône un fier coq gaulois qui regarde vers le canal et la France ! Sa base est entourée des bustes de personnages ayant joué un rôle majeur dans "el esfuerzo francés" ("l’effort français", expression en cours ici pour désigner le chantier engagé par les Français) : Ferdinand de Lesseps et les ingénieurs Armand Reclus, Napoléon Bonaparte Wise, Léon Boyer et le Panaméen Pedro Sosa. Derrière eux, dans une galerie semi-circulaire dotée d’arcades, est gravée dans le marbre l’histoire du canal racontée par Octavio Méndez Pereira. Une plaque rend également hommage au médecin cubain Carlos Juan Finlay, qui identifia le moustique responsable de la transmission de la fièvre jaune et préconisa le contrôle des populations de moustiques comme lutte efficace contre la maladie. Un peu avant l’escalier se trouve l’endroit où fut fusillé en 1903 Victoriano Lorenzo, héros indigène de la guerre des Mille Jours. L’ambassade de France occupe judicieusement une jolie maison du début du XXe siècle qui donne sur la place, juste derrière la maison de Ferdinand de Lesseps. On ne peut que se féliciter que nos penseurs parisiens n'aient pas (encore) eu l'idée de transférer l'ambassade et la résidence dans quelque tour de la ville moderne. L'ambassade est, il est vrai, admirablement située à côté des services du chef du gouvernement et du Ministère des Affaires étrangères que nous avons vus en allant voir la Plaza Bolívar. El Palacio de Las Garzas, siège de la Présidence de la République, est à peine plus loin.

    L'ambassade de France sur la place de...  France


   Le Pont des Amériques vu de la Place de France

La Plaza Bolivar a vu le jour après l’incendie de 1756. Elle accueille en son centre un ensemble de statues rendant hommage à Simón Bolívar, héros de l’indépendance des colonies américaines. Les statues ont été érigées à l’occasion du centenaire du Congrès panaméricain de 1826 organisé par el Libertador pour tenter de constituer une confédération des peuples libérés de l’Espagne et de consolider ainsi l’indépendance. Les séances se sont tenues dans une ancienne salle du couvent franciscain, connu aujourd’hui sous le nom de Salón Bolívar. La place est calme et offre de belles perspectives sur l’église néo-classique San Francisco de Asis. L’église et l’ancien couvent des Jésuites sont parmi les premiers édifices construits après la destruction de Panamá La Vieja. L’ensemble brûla à deux reprises (1737 et 1776) mais fut reconstruit immédiatement. En 1918, l’architecte Vilanueva Meyer entreprit une réfection totale de l’édifice qui se vit attribuer un haut clocher polygonal.


Nous avons emprunté ensuite la calle Pablo Arosemena dans la partie Est de San Felipe, nettement moins reluisante. Nous n'y traînerions pas la nuit. Nous sommes ainsi arrivés au Marché aux poissons dont les étals étaient encore bien achalandés malgré l'heure déjà tardive. Les petits restaurants ouverts dans l'enceinte du marché vantaient leurs ceviches, mais nous en avions déjà mangé un en cours de route, accompagné d'un... mojito !


   La ville moderne vue des abords de la calle Pablo Arosemena 

Nous nous sommes retrouvés sur le site du carnaval. On ne badine pas avec la sécurité : fouille minutieuse de tous les sacs à l'entrée, assortie de palpations pour tous les visiteurs, et très importante présence policière dans l'enceinte où, soit-dit en passant, bières et boissons plus alcoolisées sont en vente libre, sous réserve des interdictions habituelles qui frappent les mineurs. En début d'après-midi, alors que la chaleur bat son plein, l'activité favorite des présents consiste à se faire arroser par des lances reliées à de camions-citernes sur fond de musique latino. Il n'y avait d'ailleurs pas une grande foule.



    Fantaisie d'un architecte (non les balcons ne sont pas inclinés...)



Après cette prise de contact, nous sommes rentrés faire une pause à l'hôtel vers 14h30 pour "recharger les batteries" et profiter de la piscine avant de retourner vers 17h sur le site du carnaval pour suivre une parade (en fait 18h !).

Là encore, le public n'était pas nombreux et était calme, mais nous avons compris qu'il y avait en fait une montée en puissance chaque jour et que la grande parade serait celle de mardi prochain. En plus, le carnaval le plus couru au Panamá n'est pas celui de la capitale ! 

    Le soleil décline (attente de la parade)













Nous avons bien sûr trouvé moyen de nous perdre dans la foule, chacun étant occupé à prendre des photos de son côté, de sorte que nous nous sommes retrouvés à l'hôtel vers 19h30, avant d'aller dîner de tacos dans une taqueria recommandée dans nos guides, Mordida de Burro (la morsure de l'âne).

      Dernière nuit au quatorzième étage de l'hôtel Best Western

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