Journée de transhumance !...
Réveillés (trop) tôt (6h) par des coups de marteaux intempestifs sur un chantier jouxtant l'hôtel, nous avons fait contre mauvaise fortune bon cœur en allant piquer une dernière fois une tête dans les vagues de Tortuguero.
Nous avons pu vérifier que nous avions eu vraiment beaucoup de chance avec le temps hier matin, en voyant ensuite des trombes d'eau s'abattre, alors que nous prenions un copieux desayuno à base d'oeufs brouillés et de gallo pinto (que les lecteurs connaissent maintenant bien : le riz et les fameux petits haricots rouges !) à la terrasse (bien abritée heureusement) du soda Fresh Foods. Le petit-déjeuner était conçu pour nous caler l'estomac un bon moment, car nous ne savions pas quand nous pourrions déjeuner.
En effet, avoir à parcourir quelque cent cinquante kilomètres sous certaines latitudes relève de l'expédition. Nous en avons fait l'expérience aujourd'hui puisqu'il nous a fallu pratiquement sept heures pour parcourir cette distance...
Après une ultime mise à jour du blog, installés sur notre terrasse donnant sur la mer, nous avons embarqué peu avant 10h sur une lancha à destination du port de Moin à 70 km au sud de Tortuguero que nous avons quitté à regret. Ce petit village constituera incontestablement un de nos meilleurs souvenirs du Costa Rica. Il semble d'ailleurs très prisé par les Français à en juger par le nombre de compatriotes que nous y avons croisés.
La terrasse et les hamacs propices à la mise à jour quotidienne du blog
Le parcours sur l'eau est plaisant. Nous n'avons pas été trop regardants du côté des mesures de sécurité (onze gilets de sauvetage pour dix-huit personnes à bord), le soleil étant de retour et l'eau des canaux et rivières empruntés très calme.
À aucun moment depuis que les rivières de la région ont été reliées entre elles par des canaux (dans les années 1970), il n'est nécessaire de naviguer en mer pour rejoindre Moin. Nous avons ainsi enchaîné une première section des canales del Tortuguero Rogelio Pardo Jochs, l'estero (estuaire) Parismina, le río Parismina, une seconde partie des canales, le río Pacuare sur lequel nous avons fait du rafting bien en amont, puis le río Madre de Dios, une troisième section des canales, un bout de río Matina et de Río Pascual, une quatrième section des canales et pour terminer le río Moin. Tantôt le cours d'eau s'élargit, tantôt il se rétrécit considérablement, tantôt une belle ligne droite rappelle certains canaux français, tantôt les méandres sont très prononcés. On n'a pas le temps de s'ennuyer. La surface de l'eau est souvent envahit de plantes aquatiques qui forment un tapis mouvant. Outre la végétation toujours luxuriante, nous avons là encore vu pas mal d'oiseaux et même un crocodile de belle taille (pas un de ces petits Caïmans auxquels nous sommes désormais habitués !). La forêt tropicale cède parfois la place à des clairières, dont certaines sont habitées et cultivées.
Les curieux nids du "cassique de Montezuma"
Le crocodile...
Jeu d'enfants
À hauteur de la jonction entre le río Pacuare et le río Madre de Dios, les passagers partis comme nous de Tortuguero font un bord à bord avec une autre lancha partie de Moin avec, elle aussi, passagers et bagages. Cela se traduit par une attente de près d'une demi-heure (entre 11h45 et 12h15), le temps de transférer sans hâte (pourquoi se hâter d'ailleurs ?) les passagers et les bagages d'un bateau dans l'autre. Nous avons finalement atteint notre destination à 13h40 après trois bonnes heures de navigation sans compter l'escale technique.
L'escale
La lancha nous a débarqués dans un endroit isolé, où attendaient quelques taxis, à proximité immédiate du port qui est lui-même une extension du port de Limón et qui accueille de gros porte-conteneurs. Olivier avait lu qu'à proximité du débarcadère se trouvait un arrêt de bus, d'où nous pourrions rejoindre Puerto Limòn à 8 km. En fait, rien ne signalait sans emplacement et sans l'aide des autochtones, nous aurions eu du mal à le situer avec précision.
L'arrêt de bus
Nous n'avons eu à attendre qu'une quinzaine de minutes avant de prendre notre deuxième moyen de transport de la journée pour rejoindre la gare routière de Puerto Limón, le premier port du pays. (plus de 60 000 habitants, mais il est très difficile de trouver dans ce pays des statistiques démographiques fiables). À notre arrivée, la chance nous a souri puisqu'un bus à destination de Porto Viejo (de Talamanca), notre troisième moyen de transport, partait cinq minutes plus tard à 14h30.
C'est alors que nous avons battu les records de la circulation que nous avions enregistrés à San Jose, en mettant une demi-heure, montre en main, pour parcourir les 500 premiers mètres de notre itinéraire long de 60 km. De quoi devenir fou ! Au moins n'étais-je pas au volant. Cela prouve, une fois de plus que la circulation est une vraie plaie au Costa Rica qui n'est pas suffisamment soulignée dans les guides touristiques vantant les charmes du pays.
Outre les tarifs avantageux, le bus a le mérite de réserver plus de surprises qu'un taxi. Nous avons d'abord eu droit à quelques morceaux de musique calypso, joués par un guitariste black, plus vrai que nature (dreadlocks et bonnet de laine sur la tête, style rasta aux couleurs vert-jaune-rouge de l'Ethiopie impériale) qui n'a pas manqué de solliciter ensuite la générosité des passagers (histoire sans doute de se faire rembourser le prix de son billet). Puis, nous avons eu droit à la (brève) harangue d'un prédicateur, Bible en main, à un des arrêts du bus à hauteur de Cahuita.
Nous nous sommes étonnés d'avoir à subir trois contrôles de tickets : à la montée dans le bus, puis avant de partir, enfin, trois quarts d'heure après le départ avant le premier arrêt ! Nous n'avons pas eu le fin mot de l'histoire ! Mais cela garantit deux emplois en plus du chauffeur...
Dans un premier temps, la route longe la côte et on peut apercevoir un grand nombre de cargos et de porte-conteneurs en attente au large. La route traverse ensuite de vastes bananeraies dont les produits sont destinés à l'exportation et l'on comprend mieux la présence sur les quais de nombreux conteneurs estampillés "Chiquita".
Arrivés au centre ville de la petite cité balnéaire de Puerto Viejo, nous n'étions pas totalement au bout de nos peines. Un peu plus de deux kilomètres, plus au sud, nous séparaient de notre objectif final, la Finca Chica à Playa Cocles. Aucun taxi en vue, contrairement à nos espoirs ! C'est finalement en triporteur, notre quatrième moyen de transport de la journée, qu'un peu serrés à cause de nos bagages, nous avons fini notre périple.
Nous avons alors découvert notre domaine pour trois nuits. Une autre maison de rêve (pas le même genre que celle de Granada, mais une maison de rêve quand même !), un bungalow tout en bois, avec des pièces spacieuses et de larges ouvertures équipées de volets, mais sans vitre, une belle terrasse avec un hamac, le tout meublé avec goût et caché au fond d'un superbe et immense jardin tropical !
Je me serais bien sédentarisé sur le champ, mais c'était compter sans le tropisme aquatique d'Olivier qui a tenu, malgré l'heure tardive, de prendre un premier bain de mer à quatre cents mètres de notre datcha. L'atmosphère sur la plage est très différente de celle de Tortuguero, mais la plage s'étire là aussi à perte de vue.
Nous nous sommes assurés, en allant dans le "Super Cocles" voisin, de quoi pouvoir prendre trois petits-déjeuners, avant d'aller dîner dans un petit restaurant proche de notre finca, le rest Johanna, de calamars au curry pour nous changer du poulet et des crevettes, mais nous n'avons pas échappé au ... riz et aux frigoles.
Nous avons pu vérifier depuis notre arrivée à Moin, combien la partie sud de la côte Caraïbe, longtemps isolée et restée à l'écart du Costa Rica jusqu'à la seconde moitié du XXème siècle,, portait encore très fortement la marque des Jamaïquains arrivés au XIXème siècle. On y parle ainsi plus spontanément anglais qu'espagnol.





















Adorable cabane au fond du jardin !
RépondreSupprimerAk
Les gilets de sauvetage manquants n'ont pas grande importance pour le crocodile qui vous attend.
RépondreSupprimerBeau palmier du voyageur (=en éventail) avant votre arrêt de bus fantôme.