Vue qui s'est offerte à nous au réveil pour cette dernière journée panaméenne à travers la baie vitrée de la chambre au 14ème étage
Pas de stakhanovisme touristique pour ce dernier jour à Panamá ! Un taxi Uber (dont nous sommes devenus "accrocs" au Costa Rica), nous a emmenés vers 11h à Panamà Viejo appelé aussi Panamà la Vieja. Fondée par Pedro Arías de Avila, dit Pedrarias (1440-1531), le 15 août 1519, sous le nom de Nuestra Señora de la Asunción de Panamá, six ans après la découverte de la mer du Sud par Vasco Nuñez de Balboa, elle est la première cité espagnole créée sur la côte Pacifique. La baie est connue pour être une de celles qui connaissent les marées les plus amples (jusqu'à six mètres de différence !).
Marée montante
Le nom Panamá viendrait soit de la présence de nombreux arbres dénommés ainsi et que l’on trouve toujours sur le site, soit du terme indigène qui signifie « abondance de poissons » (ou « de papillons »). Le site n’était pas idéal à cause des marécages, de la mangrove et du manque d’eau potable. Pour autant, les colons de Santa María la Antigua de Darién durent quitter leur bourgade sur la côte Atlantique pour s’y établir. L’objectif est alors de faire de cette nouvelle implantation, le port de départ des explorations de la région pour trouver la route de l’Orient et de ses îles à épices. Ainsi, dès 1521, ce paisible village de pêcheurs prend le titre de Ciudad Real (« Cité royale ») et devient le centre politique, religieux et commercial de la « Terre ferme ».
Les plus grandes richesses d’Amérique centrale et du Sud (or, argent, perles, pierres précieuses) y sont bientôt entreposées, avant d’être transportées à dos de mules sur des chemins traversant la jungle et baptisés Camino Real et Camino de Cruces, puis par bateau sur le río Chagres jusqu'à des villes côtières (Nombre de Dios, puis Portobelo à la fin du XVIe siècle). Elles traversent ensuite l'océan jusqu'en Espagne.
Maquette de çe que devait être la ville à la fin du XVIIème siècle
La cité prospère très vite, surmonte plusieurs catastrophes (tremblement de terre, incendie). Mais surtout, elle attise les convoitises des pirates et flibustiers. En 1671, le corsaire Henri Morgan et ses 1 200 hommes prennent le fort de San Lorenzo, remontent le Río Chagres et prennent par surprise la ville qui compte alors près de 10 000 habitants. Ils la mettent à feu et à sang. Seuls les huttes des faubourgs et les couvents de La Merced et de San José furent épargnés.
Le bourreau de la ville, H. Morgan
Les survivants subirent la famine et les épidémies pendant deux ans, avant que la nouvelle ville de Panamá ne soit construite 8 km plus loin, dans une zone mieux protégée et plus saine.
Ce qui restait des églises et couvents fut alors emmené pierre par pierre jusqu’à « Panamá La Nueva », comme nous l'avons constaté en visitant hier l'église de la Merced, de sorte que, de Panamà Viejo qui fut une cité florissante, il ne reste aujourd’hui que des ruines qui auraient pu disparaître sous la pression du développement urbain de la ville moderne dans les années 1950. Mais les ruines ont été par chance classées monument historique par le gouvernement panaméen en 1976 et inscrites en 2003 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Sous une chaleur accablante, nous avons parcouru le site heureusement bien ombragé. On voit surtout des traces d'édifices religieux, ce qui en dit long sur la surenchère à laquelle se livraient les différents ordres religieux pour assurer leur emprise sur les âmes dans les villes coloniales et ce que confirment indirectement les indications données in situ. Mais on voit aussi la trace de lieux de pouvoirs (Cabildo, sorte de mairie) et de quelques demeures patriciennes.
La vie religieuse était un des piliers de la société coloniale. Les Franciscains arrivèrent dès 1520, décidèrent de se fixer définitivement en 1573 et commencèrent à bâtir en 1603 un édifice en pierre, bien situé sur une petite élévation, face à la mer, et doté d'une réserve d'eau. La ville eut bien sûr un établissement conventuel féminin à l'initiative de l'Ordre de l'Immaculée Conception, très respecté en Espagne. Les religieuses vivaient en général plus cloîtrées que les moines, à l'abri du regard des hommes. Les Jésuites furent les derniers à s'installer entre 1578 et 1582.
Exhumation de squelettes sous le parvis de la cathédrale.
L’édifice le plus emblématique et le mieux conservé est la tour carrée de la cathédrale, un monument emblématique au Panamá qui a été reproduit sur des anciens billets de banque et des timbres. L'histoire de la cathédrale elle-même est intéressante car elle illustre celle de la ville et de ses vicissitudes : création d'une église en bois et paille en 1524, refonte complète en 1586 avec la construction d'une véritable nef, de trois accès et d'une tour séparée, extension à trois nefs en 1607, effondrement de la tour en 1610 et déstabilisation de l'église, consolidation et restructuration entre 1619 et 1626 avec la création de deux chapelles latérales et la reconstruction de la tour, incendie en 1644 et nouvelle réhabilitation en 1649. Nous sommes montés au sommet de la tour (30 mètres) par un escalier intérieur pour bénéficier d'une vue panoramique sur le site et surtout les gratte-ciel de la ville moderne, qui se détachent à l'horizon.
Vue du sommet de la tour sur la ville moderne
Peut-être aurions-nous dû nous arrêter au petit musée qui conserve, paraît-il quelques œuvres pré-colombiennes et des cartes d'époque, mais la fatigue commençait à se faire sentir. Un bus nous a déposés dans le quartier des affaires, mais le Taco Bell où nous pensions manger avait disparu. De plus trouver un restaurant ouvert dans ce quartier déserté le week-end n'est guère aisé. Après avoir déambulé un bon moment sous la chaleur, un Subway climatisé a été notre planche de salut sur le coup de 14h.
Un nouveau recours aux services d'Uber nous a permis d'aller à l'opposé de la Ciudad de Panamá, visiter le Musée de la biodiversité. C'est une œuvre de l'architecte canadien (marié à une Panaméenne), Frank Gehry. C’est sa première réalisation en Amérique latine. Bénéficiant d’une situation exceptionnelle à l’entrée du canal de Panama, le musée comprend sur 4000 m², huit galeries, un espace pour les expositions temporaires, une boutique et un café. Le design coloré est destiné à représenter la masse de terre étroite connu sous le nom de Panama et qui permet d’unir les deux continents qui allaient constituer l'Amérique.
Le Pont des Amériques vu du musée
Creusement du canal
Le même site de nos jours (d'après une photo)
Même si on peut reprocher au musée d'être par certains égards un plaidoyer pro domo des Panaméens, c'est une bonne sensibilisation aux enjeux de la biodiversité et une mine de renseignements sur l'origine géologique du Panamà et les conséquences de sa formation.
Il y a 45 millions d'années, la question de la création d'un canal ne se posait pas, puisque les deux océans n'en formaient qu'un, mais par le mouvement des plaques tectoniques, une bande de terre s'est soulevée. Elle a séparé deux océans. Elle a modifié les courants marins et par là-même les climats. Elle a mis en contact des espèces animales qui ont migré du Nord au Sud et inversement.
Concernant la biodiversité, elle se réfère à la grande variété des organismes vivants et des systèmes biologiques que l'on trouve sur la Terre qui au final forment la biosphère. Elle nous assure la nourriture et nous donne les moyens de nous soigner. Or on assiste à une accélération de la disparition des espèces de nos jours sous l'action de l'homme et du fait de la pression démographique (actuellement, 7,14 milliards d'habitants et une augmentation de deux individus par seconde !). Certaines disparaissent avant même d'avoir été identifiées. Cinq millions ha de forêt disparaissent chaque année...
Une espèce disparue de paresseux (à l'échelle !)
Après une (très) longue attente, nous avons fini par monter dans un bus qui nous a emmenés au Terminal nacional de Transporte d'Albrook, une véritable plaque-tournante de bus nationaux et urbains, connectée à l'une des extrémités de la ligne de métro. Après une étape chez un des glaciers de la gare routière, nous avons courageusement repris une dernière fois le métro à destination de la station Via Argentina pour récupérer nos valises et sacs à dos à l'hôtel vers 18h et rejoindre dans la foulée l'aéroport de Tucumen, où un vaste chantier se poursuit pour accroître de façon significative la capacité aéroportuaire de la capitale panaméenne.
Le séjour en Amérique centrale se termine là. Le blog aussi ! L'étape panaméenne nous a aussi beaucoup intéressée, notamment l'histoire, l'organisation et le fonctionnement du canal et les coutumes des Gunas. Le pays lui-même nous a plu et des trois capitales, Ciudad de Panamà est sans doute la plus "vivable". Le pays est toutefois - et ce n'est pas étonnant - le plus américanisé et les Panaméens ne nous ont pas semblé très aimables. Mais, les Français - les Parisiens notamment - ne sont pas non plus des modèles d'amabilité... Des trois pays visités, c'est sans doute le Nicaragua (et les Nicaraguayens) qui nous aura le plus marqué.





























































































