lundi 20 février 2017

20 février 2017 (Santa Fé / Paraiso)

En ouvrant le rideau ce matin, j'ai eu la surprise de voir que la table du petit-déjeuner était déjà dressée sur notre petite terrasse privative. Celle-ci donnant sur la campagne avec en toile de fond le cerro Narices (1 090 m), encadré par le cerro Peñon (1 126 m) et le cerro Anselma (1 000 m), nous avons eu droit à un environnement privilégié pour déguster le café servi, dit café Tute, produit localement et labellisé "haute qualité de grain" (il existe un autre café local, dit Santa Fé, plus rustique, mais également très bon). 



Malgré ce début de journée prometteur, nous nous sommes fait la réflexion que, finalement, au bout de six semaines de voyage, nous étions psychologiquement mûrs pour rentrer "à la maison", tout en sachant que nous allons sans doute retrouver la pluie et peut-être le froid et sûrement être rapidement repris par l'actualité pré-électorale française qui n'a rien de réjouissant. Mais, après un bon mois et demi de pérégrinations et de découvertes, force est de constater qu'il y a inconsciemment une certaine usure qui se manifeste et que le tonus faiblit...

Pour autant, avant de partir, nous avons jeté un coup d'œil en voiture sur les alentours montagneux de Santa Fé. Les routes sont tortueuses et enregistrent des déclivités impressionnantes. Au détour de la route, on découvre souvent une très belle perspective. 




Nous avons ensuite remis le cap sur Santiago et poursuivi notre route pendant plus de 220 km sur la Panaméricaine jusqu'aux abords de Ciudad de Panamá (Panamá City). Elle a l'avantage d'être réellement à quatre voies, mais m'a souvent fait penser à l'autoroute Berlin - Helmstedt au temps de la RDA. Plus on se rapproche de la capitale, plus l'empreinte nord-américaine est évidente. Elle se traduit notamment par la multiplication de gros centres commerciaux au bord de la route.

Nous avons fait halte dans un complexe commercial flambant neuf pour déjeuner. On est là, à des années-lumière des villages perdus dans la montagne de Santa Fé. Nous avons repensé à ce couple de braves paysans indigènes qui descendaient à pied pour faire quelques achats à la coopérative du village, distante de plusieurs kilomètres et qui ne se sont pas fait prier quand nous leur avons offert deux places dans la voiture pour les avancer. Ils ne doivent même pas concevoir qu'un tel complexe commercial existe et, de toute façon il est inaccessible à bien des bourses dans un pays où beaucoup d'habitants vivent encore avec 2$ par jour. Le Panama est un des pays au monde où les inégalités sont les plus fortes.

   Une photo du complexe commercial prise avant que l'interdiction me soit signifiée pour cause de sécurité (sic) !

Mais l'essentiel aujourd'hui a bien sûr été notre premier contact avec le mythique canal de Panamá. Nous l'avons franchi en empruntant l'imposant Pont du Centenaire, un pont à haubans long de 1 052 mètres (le plus long tronçon fait 420 m de long). Il offre un tirant d'air de 80 m permettant aux plus gros navires de passer en dessous. Il est soutenu par deux tours de 184 m de haut. Il a été conçu pour supporter les séismes survenant fréquemment dans la zone du canal. Il a été mis en service en août 2004 pour soulager le Pont des Amériques, qui a été entre 1962, date de sa mise en service, et 2004, le seul pont au-dessus du canal.

   Sur le pont du Centenaire 

Mais on n'a pas le temps de voir grand chose en franchissant le pont. Aussi sommes-nous allés jusqu'au centre de visiteurs de l'écluse de Miraflores. Un film retrace en dix minutes l'histoire du canal et décrit les travaux d'extension qui se sont déroulés de 2007 à 2016 pour faire face à l'évolution du trafic maritime (apparition des porte-conteneurs dans les années 1970 et leur généralisation sur tous les océans du globe) et à la concurrence (risque - très hypothétique - de canal alternatif au Nicaragua). Une exposition permanente entre bien sûr dans plus de détails. Mais surtout le visiteur est aux premières loges pour assister au franchissement d'un jeu d'écluses par les navires.

La voie d'eau qui mesure en tout 80 km, est ouverte 24h sur 24, 365 jours par an. Le droit de grève est interdit aux 9 000 employés du canal. Son fonctionnement n’a été interrompu que 2 fois, le 20 décembre 1989, le jour de l’opération militaire américaine pour capturer le général Noriega, et le 8 décembre 2010, après plusieurs jours de pluies diluviennes dans la région.

Avec en moyenne 40 navires par jour (plus de 14 000 par an), le trafic dans le canal représente 5 % de la flotte marchande mondiale. Un tiers de ces passages concerne des bateaux reliant l’Asie à la côte Est des Etats-Unis (un navire qui se rend du Japon à New-York par le canal s’épargne plus de 5 600 km de voyage en évitant de longer les côtes d’Amérique du Sud et d’emprunter le redouté détroit de Magellan). Le coût des péages est fonction de la taille et du tonnage des navires et peut aller jusqu'à 150.000 $ !

Nous avons assisté au franchissement d'une écluse par un gros bateau battant pavillon singapourien. "Les écluses présentent deux voies parallèles permettant aux bateaux de passer simultanément dans les deux sens. Lors de ces passages, les gros navires sont assistés par de grosses locomotives électriques de halage, auxquelles ils sont reliés par de solides câbles. Ces "mules " (mulas) travaillent par paires et se déplacent sur des rails situés le long des écluses. Pesant 50 tonnes et pourvues de deux tractions de 290 chevaux, elles remorquent les navires et les maintiennent dans l’axe des chambres. Les plus gros bateaux effleurent de quelques centimètres les bords et il est parfois nécessaire d’utiliser 8 mules. Les chambres des écluses se remplissent et se vident en 8 minutes grâce à un système d’aqueducs et de vannes qui fonctionne par gravité. A chaque passage de navire, environ 200 millions de litres d’eau douce sont rejetés dans l’océan ! L’eau provient du lac Gatún alimenté par un bassin hydrographique de plus de 552 000 ha. Une tour de contrôle gère les ouvertures et fermetures des portes éclusières, les niveaux d’eau des chambres, la vitesse des navires, et coordonne les mules. A bord des navires, un ou plusieurs pilotes de l'Autorité du canal de Panamá dirigent la traversée. A l’entrée et à la sortie des écluses, les gros navires sont pris en charge par depuissants remorqueurs qui les accompagnent sur quelques centaines de mètres jusqu’à des eaux plus profondes". Seule l'heure de fermeture du centre nous a empêchés de continuer à assister à ce spectacle passionnant.


   Au premier plan, une des "mules" avant

   Une mule arriére



   Une des premières "mules" (d'après une photo exposée)

Nous avons élu domicile ce soir à l'hôtel Radisson de Paraiso, au nord-ouest de Ciudad de Panama. Il est perdu dans la nature, mais proche du Pont du Centenaire. Nous avons profité de sa piscine avant de dîner sur place. Il n'y avait guère d'autres possibilités, sauf à reprendre la voiture, mais nous avions eu notre content pour la journée ! Nous avons appris en prenant par hasard les informations télévisées locales qu'un séisme avait frappé les côtes panaméennes. Mais c'est un peu la routine ici.

   Dans le parc de l'hôtel

   La vue du dernier étage de l'hôtel avec Panamà City au loin




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