vendredi 24 février 2017

22 février 2017 (Ciudad de Panamá / archipel des San Blas)

Le réveil a été une nouvelle fois matinal, puisque nous avions rendez-vous "à partir de" 5h30 dans le hall de l'hôtel. En fait le 4x4 nous a pris à 6h. Quatre autres passagers avaient déjà pris place, nous laissant les deux places tout à l'arrière ! Destination : les îles San Blas ! La sortie de Panamà City n'a pas été trop problématique et la circulation sur la Panaméricaine réduite à deux voies, relativement bonne. En route, nous avons fait deux arrêts imposés, à un poste permanent de contrôle d'identité de la police nationale et...  dans un supermarché pour acheter de quoi agrémenter l'ordinaire qui peut être frugal dans les San Blas (achat de boissons, notamment d'eau minérale, de petits gâteaux salés ou sucrés etc).

Le 4x4 a emprunté ensuite une petite route très tortueuse. A 12 km de l'embranchement avec la Panaméricaine, on atteint le poste frontière (sic) de la comarca Guna Yala qui signifie "terre guna" et constitue le premier territoire autonome amérindien des Amériques, une bande de terre de 200 km de long sur 15 km de large sur la côte caribéenne, associée à un archipel corallien d’environ 378 îles (une quarantaine sont habitées). Il est régi par ses propres règles et ses propres emblèmes, dont nous n'avons pas encore percé tous les mystères.


   Emblème avec un svastika orienté à gauche

"Conscient de ses spécificités, le peuple guna a toujours veillé au cours des siècles à préserver son identité et ses valeurs, à assurer la transmission de sa culture et à la protéger des influences extérieures, tant des autres peuples amérindiens que des hommes blancs (les waga). Le XXe siècle, qui débute avec l’indépendance du pays, va apporter de profonds changements dans les rapports entre autorités gunas et panaméennes. A partir de 1915, la jeune République doit faire sentir son autorité dans les régions isolées pour y affirmer sa souveraineté.Pour ce faire, les autorités décident d’établir un poste de police sur l’île de Porvenir. La situation se détériore rapidement : les abus répétés des policiers, associés à ceux des investisseurs étrangers venus exploiter le caret (écaille de tortue), le caoutchouc ou encore l’ivoire végétal, ne font qu’envenimer les rapports, provoquant peu à peu un climat de tension qui atteint son paroxysme un dimanche de carnaval, le 22 février 1925. Cependant, avec l’appui dissuasif des Etats-Unis, les Gunas réussissent à éviter la riposte armée du gouvernement panaméen. Ce soulèvement, appelé « Révolution tule », aura pour résultat la signature avec le gouvernement d’un premier accord garantissant aux Gunas la reconnaissance d’une autonomie culturelle et politique. Mais de nouveaux conflits ne tardent pas à éclater et ce n’est qu’au terme de plusieurs étapes d’un processus de négociation, initié en 1938, que le statut d’autonomie territoriale sera finalement accordé aux Gunas qui seraient un peu plus de 80 000 répartis entre 49 communautés.

À l'entrée sur le territoire, tout visiteur doit acquitter une taxe de 20$ par personne. La route s'est poursuivi pendant près de trente kilomètres, plus étroite et plus tortueuse encore. Les personnes sujettes à nausée ont intérêt à s'abstenir ou à prendre un anti-nauséeux efficace !

Nous avons atteint (avec soulagement car les places complètement à l'arrière du 4x4 sont plus étroites encore que celles d'un cabriolet) un embarcadère à 8h45. Là, la taxe "portuaire" est de 2$. C'est l'heure d'un grand chassé-croisé entre ceux que les bateaux ont récupérés sur toutes les îles et îlots et qui viennent de débarquer, et ceux qui arrivent comme nous et cherchent sur quelle plancha ils doivent embarquer...


   Un navigateur imperturbable passé sans s'intéresser au remue-ménage sur la rive.

Il y a incontestablement une marge importante de progrès à faire en matière d'organisation pour mener à bien dans des délais raisonnables ce délicat mouvement de transhumance. Il a fallu une heure en tout, au milieu d'un ballet de 4x4, pour que chacun s'y retrouve, faute d'information écrite et seulement par le bouche à oreille et l'information orale, et que chacun soit embarqué sur la bonne lancha. La pagaille n'est finalement que passagère. Chacun fait contre mauvaise fortune bon cœur sous la chaleur et s'efforce parallèlement de repousser l'offensive que ne manquent pas de lancer les chitras pour tester la résistance des nouveaux arrivants. J'ai eu tout loisir aussi pour étudier le travail d'ébénisterie qu'ont exigé les bancs. À breveter !


La lancha a rejoint la côte en suivant un cours d'eau bordé essentiellement de mangroves. Un arrêt dans une première île a apporté une réponse à une question que nous nous posions sur l'approvisionnement en essence de tous les petits bateaux à moteur qui assurent les liaisons inter-îles. Notre pilote à fait le plein du réservoir à la station-service sur pilotis, à partir de fûts alignés sur le ponton.

   Station-service sur l'eau

Les premières îles sont visiblement surpeuplées, les habitants préférant rester près de la côte pour des raisons pratiques, d'autant que certains y possèdent un lopin de terre cultivé. Elles font figure de bidonvilles compacts. C'est à peine croyable. Plus on s'éloigne de la côte, moins les îles sont peuplées et beaucoup sont inhabitées.




   Un des nombreux îlots 

La nôtre, Chichime, est à une dizaine de kilomètres. Notre cabañas, une paillote (du genre spartiate) fait partie d'un ensemble hôtelier appelé Ogobnega. Elle est à quelques mètres de l'eau. Tout incite à la paresse. "Le ciel, le soleil et la mer", bien sûr comme le chantait François Deguelt, mais aussi la chaleur et le spectacle des cocotiers. 



Ceux-ci occupent d'ailleurs une place particulière dans l'économie locale. Les noix de coco, ogob en langue guna, ont longtemps constitué l’une des principales sources de revenus de la communauté et de nombreuses îles et zones côtières pratiquent toujours la monoculture. Aujourd’hui encore, la coco, dont le prix unitaire est d’environ 0,20 $, est utilisée comme monnaie d’échange avec les marins colombiens, au même titre que la mola, pour troquer contre des produits de première nécessité, hamacs, fil à coudre etc. 


La cuisine à Ogobnega est familiale. Pas de carte le midi, un menu imposé, que l'on découvre en passant à table quand une trompe retentit à midi et quart ! Le soir, une marge de manœuvre guère plus grande, puisqu'on nous a proposé une langouste chacun : comment refuser ? La trompe retentit le soir à... 18h30 !

   Préparation du repas (râpage d'une noix de coco)


Après le déjeuner, nous avons trouvé l'énergie de faire un tour de l'île à pied (c'est vite fait),  jalonné de bains et sérieusement encadré par des séances intenses de hamac.




   Une rencontre sur la plage

    Horizon d'Olivier une partie de l'après-midi...

   Horizon de Christian...

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