lundi 13 février 2017

13 février 2017 (Puerto Viejo / Sixaola / Almirante / Bocas del Toro)

Après une nuit très pluvieuse, le soleil était de retour lorsque nous avons refermé le chapitre Costa Rica de notre voyage en Amérique centrale pour ouvrir le troisième et dernier chapitre, celui du Panamá.

Le Costa Rica nous a dans l'ensemble beaucoup plu. Sa faune et sa flore sont effectivement d'une grande diversité et d'une grande richesse. Mais nous portons sur le pays un regard plus nuancé que l'image qu'en colportent les guides touristiques influencés par une politique très réussie de marketing officiel, qui présente une vision idéalisée du pays.

Côté sécurité tout d'abord, comme le note le site "conseils aux voyageurs" du Quai d'Orsay (que l'on ne pense pas à consulter, s'agissant du Costa Rica, car on vit précisément sur une série de clichés enthousiastes), la situation n'est pas rose, même si les autorités minimisent les incidents, à défaut de pouvoir toujours les occulter. Dans au moins trois régions que nous avons visitées (le sud de la péninsule de Nicoya, l'axe Cariari/La Pavona et Manzanillo), sans compter San Jose, des attaques à main armée ont eu lieu dans un passé récent.

Côté démocratie, le pouvoir est accaparé par une oligarchie qui détient tous les leviers de l'économie et pèse sur le pouvoir politique. Les abus en matière de droits de l'homme sont légion. Les immigrés nicaraguayens en sont les premières victimes. L'univers carcéral n'est pas non plus à l'honneur du pays (le taux de décès en prison est particulièrement élevé). Le blanchiment d'argent (de la drogue) serait aussi répandu que dans les pays voisins.

Côté écologie, un élément majeur du marketing costaricain, force est de constater qu'il y a un monde entre l'affichage et la réalité. On assiste surtout à une "monétisation de la nature" sous couvert de promotion du développement durable, et on ne met pas assez en avant la problématique de la pollution des rivières et le fait que le Costa Rica est le numéro un mondial dans l'utilisation des produits agro-chimiques à l'ha (6 fois plus que les Etats-Unis qui ne sont pas chiches dans ce domaine).

Côté accueil des touristes, il y aurait aussi beaucoup à dire. Le mercantilisme est roi et, s'il ne réagit pas, le touriste se fait manger la laine sur le dos. 

Nous avons pris congé d'Emilio, notre hôte, peu après 8h. Il nous a appris que la personnalité dont nous avions vu le convoi de deux véhicules escortés de deux motards, partir hier de la finca, en même temps que nous... sur nos vélos, n'était autre que... le Président de la République auquel le lient des liens d'amitié !

Le Shuttle service que nous avons souscrit hier soir, a parfaitement fonctionné. Nous avons été pris en charge à la finca par un minibus, avons fait un petit circuit pour récupérer quinze autres passagers et pris à 9 heures, la route de Sixaola, la ville frontière costaricaine, à 42 km de Puerto Viejo, dans une région de bananeraies à perte de vue.

   Bananeraies costaricaines sur fond de montagnes panaméennes

   Astucieux système de récupération des régimes de bananes sur un rail

Déposés avec nos bagages à la frontière et cornaqués par un employé de Shuttle service, nous avons d'abord acquitté une taxe de sortie du Costa Rica, nous avons franchi à pied le río Sixaola (malheureusement plus sur le vieux pont pittoresque de 1908 désaffecté), nous nous sommes retrouvés à Guabito, petite ville panaméenne frontière, avons acquitté une taxe municipale et nous sommes soumis aux formalités de la police panaméenne des frontières (prise d'une photographie et des empreintes des dix doigts, coup de tampon sur le passeport). Le tout a pris une petite heure. 


   Le vieux pont

   Entrée au Panamá

   La frontière

   Lézard panaméen aperçu à la frontière 

Nous avons alors changé d'heure et avancé nos montres d'une heure (midi au lieu de 11h). Nous n'avons plus "que" six heures de décalage avec la France. Nous nous sommes répartis dans deux véhicules, avons traversé Changuinola quinze kilomètres plus loin, la première grande ville panaméenne (32 000 habitants), qui ne présente guère d'intérêt et avons traversé une région également plantée de bananeraies.

C'est à la fin des années 1890 que la United Fruit Company s’implante dans la région. Les vastes plantations de bananes plantains vont alors attirer des milliers de travailleurs des Antilles anglophones, surtout des Jamaïcains. La ville de Bocas del Toro, où s’est implanté le siège social de la puissante compagnie américaine, devient une ville importante et accueille bientôt les consulats d’Angleterre, d’Allemagne, des Etats-Unis et de France. Mais entre les années 1920 et 1930, une maladie ravage les plantations. La région va alors tomber dans un certain marasme économique… duquel elle n’est jamais vraiment sortie, malgré le retour de la compagnie bananière dans les années 1950.

Nous avons atteint vers 13h45 le port bananier d'Almirante sur la côte Caraïbe, à 42 km de la frontière. Shuttle service a alors transféré nos bagages à bord d'une navette fluviale qui permet de rejoindre en une demi-heure, Bocas del Toro (8 000 habitants environ) sur la Isla Colòn, capitale de la province archipélagique éponyme, où nous sommes arrivés peu après 14h. 

   Maison à Bocas del Toro

Pour combler le creux qui commençait à se faire sentir au niveau de l'estomac, nous avons pris le temps de déguster deux burritos aux poissons dans un restaurant de cuisine mexicaine, Taco Surf, tenu par... un Suisse !

Un des nombreux bateaux-taxis qui, pour 1$ par personne, relient les îles de l'archipel entre elles, nous a déposés sur l'île voisine de Carenero, au pied de notre hôtel, la Casa Acuario, une jolie bâtisse bleue en bois sur pilotis, souvent utilisée dans les magazines vantant le charme de l’archipel.

   Acuario Inn côté mer

   Notre terrasse et son hamac

   Accès par la terre


   Nos voisins

L'île doit son nom au fait que les bateaux de Christophe Colomb y auraient subi un carénage en 1502, alors que l'Amiral se remettait d'une indisposition. L'hôtel n'a que quatre suites, vastes et confortables, climatisées, avec terrasse et hamac. Nous nous y sommes sentis très bien immédiatement. Nous nous sommes contentés d'un petit bain depuis le ponton de l'hôtel et d'une brève reconnaissance dans les environs immédiats. 

   Plongeon d'Olivier

Les contrastes sont saisissants entre des endroits très propres et bien entretenus, et d'autres glauques et laissés à l'abandon. Quoiqu'en dise la chanson de Charles Aznavour, "Emmenez-moi", je ne suis pas persuadé "que la misère soit moins pénible au soleil". Pour autant, toutes les masures que l'on voit entourées d'immondices, ont bien sûr électricité, réfrigérateur, ventilateur et une ou deux antennes-satellites.





Nous avons assisté à un coucher de soleil un peu tronqué puisqu'il a disparu prématurément derrière une couche d'épais nuages, mais c'était divin de jouir du spectacle, assis sur le ponton, en savourant une bière locale, tout en espérant que l'arrivée des nuages n'augurait pas le retour de la pluie.



Il suffit pour se déplacer d'une île à l'autre de se mettre sur un ponton, bien en vue, et de faire signe au premier bateau qui passe et ils sont nombreux. Il n'hésitera pas en règle générale à se dérouter légèrement pour prendre des passagers. Le trafic est dense, digne de celui du Grand Canal à Venise !

C'est ainsi que nous sommes retournés "en ville", c'est-à-dire à Bocas del Toro, vers 18h30 pour se renseigner sur une activité envisagée demain et pour dîner. C'est aussi le moment où la ville a été plongée dans le noir un bon moment (les aléas du direct !). Les groupes électrogènes sont apparemment l'exception, réservée aux nombreux "supermarchés". Des ombres se déplaçaient dans la ville, chacun prenant son mal en patience. Au demeurant, l'électricité a fini par revenir au grand soulagement de tous, mais surtout des restaurateurs et débitants de boissons. Nous avons trouvé un très bon restaurant... indien au bord de l'eau sur fond de musique insulaire façon Henri Salvador interprété par un jeune guitariste en espagnol.

Nous avons regagné notre île sans problème juste avant que ne s'abattent des trombes d'eau. A noter qu'il n'y a pas de tarif de nuit pour les bateaux taxis qui fonctionnent, semble-t-il, 24 heures sur 24 !

1 commentaire:

  1. Merci à Christian pour ses commentaires documentés, précis et qui remettent en perspective les éléments d'une réalité qui autrement pourraient nous échapper !
    Ak

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