La ville a eu une histoire tumultueuse. Granada fut fondée par Francisco Hernández de Córdoba en 1524, entre Xalteva et le lac Nicaragua, dans la province de Nequecheri sur le territoire des Diarianes (Chorotegas), un peuple venu du Mexique et versé dans l’astronomie et la botanique. Située à un emplacement stratégique sur la route de « l’estrecho dudoso » (passage entre la mer du Nord et la mer du Sud, c’est-à-dire l’Atlantique et le Pacifique), elle se développa rapidement. Sa rivale du nord, León, fut détruite par un tremblement de terre au début du XVIIe siècle et dès lors Granada s’affirma comme seule capitale régionale. Elle possédait un port - ce qui est paradoxal puisqu'elle est située dans les terres -. Ses richesses ne manquèrent pas d’attirer corsaires de toute obédience, espagnols, français, anglais, hollandais qui remontait par le Río San Juan. Granada fut pillée à trois reprises. En juin 1665, le pirate jamaïcain Jean David mit la ville à sac sans pratiquement rencontrer de résistance. Quand Gallardillo attaque de nouveau en 1670, les Espagnols décident d’élever une forteresse pour défendre la glorieuse cité. Cela n’empêcha pas le Français William Dampier de percer les fortifications et de saccager la ville le 8 avril 1685.
Malgré les pillages et les tremblements de terre, la ville continua à prospérer, commerçant activement avec les Antilles. Mais, le XIXème siècle fut chaotique : combats contre les Espagnols en 1812 et contre le gouvernement mexicain en 1823, guerre civile de 1824 à 1828, guerre fratricide contre León dont les troupes assiégèrent en vain Granada pendant neuf mois en 1854, mais la ville fut incendiée par un flibustier en 1856, puis détruite presque totalement par l'aventurier William Walker. Néanmoins, Granada réussit à renaître de ses cendres en mettant à profit trente années de gouvernement conservateur pour se moderniser : éclairage public en 1872, télégraphe en 1875, téléphone en 1879, eau potable en 1880, chemin de fer en 1886… Opulente et richement parée, la ville fut surnommée « la Grande Sultane » (selon les mots de l’écrivain espagnol Baroesa de Wilson en 1882). Toutefois, le XXe siècle fut fatal à l’hégémonie politique, commerciale et industrielle de Granada, qui est aujourd'hui une ville de province sans grande industrie, peuplée de plus de 110 000 habitants. Elle passe pour être la plus vieille cité du continent à exister encore sur son site d’origine.
La plupart des édifices coloniaux ou néoclassiques reconnaissables à leurs colonnades, sont situés d'une part autour de la place centrale, dite Parque Colón, créée en 1880, très ombragée et caractérisée par une fontaine monumentale (Fuente de los Tritones), et d'autre part autour de sa voisine, la place de l'Indépendance, reconnaissable à l'obélisque édifié en 1921 pour célébrer le centenaire des héros de l’Indépendance.
La cathédrale imposante et colorée n’est pas très ancienne, celle d’origine ayant été détruite par Walker. Le nouvel édifice fut élevé à partir de 1880 et fut quasiment achevée en 1910 sur les plans de l’architecte italien Andres Zapata après quelques péripéties (manque de fonds, défauts de construction etc.). La dernière touche à l’édifice date de 1972. Actuellement des fresques aux couleurs vives sont en cours de réalisation pour décorer les voûtes nues de l'édifice.
Nous sommes montés dans les tours pour bénéficier d'un point de vue imprenable sur la place en contrebas, avec ses kiosques où l'on prépare le fameux vigorón, un plat traditionnel nicaraguayen, ses petits marchands de boissons, de glaces ou de souvenirs, ses cireurs de chaussures et ses calèches bien alignées dans l'attente des clients. On a aussi une vue étendue sur les toits couverts de tuiles des quartiers environnants. Aucun immeuble ne vient déparer la perspective. Les constructions ne dépassent guère un étage. Au pied de la cathédrale a été érigée par Carlos Ferrey, en 1901, la "Cruz del Siglo", une croix en basalte, de 4 m de large pour 11 m de haut, pour célébrer le nouveau siècle.
Le vigorón servi sur la place centrale
Datant de 1808, le « portal de los Leones » qui marque l'entrée de la "Casa de los Tres Mundos" sur la place de l'Indépendance, est un vestige de l’architecture coloniale qui a survécu à la destruction de la ville par Walter.
Fresques de la Casa de los Tres Mundos
Nous avons réussi à trouver la Poste de Granada dans une des rues adjacentes. Très discrète !
Au gré de notre flânerie, nous sommes tombés sur des maisons simples aux façades peintes de couleurs vives, et sur des maisons de maître avec des façades baroques et des patios rafraîchissants. Parmi elles, "La Gran Francia" a une histoire particulière. Elle fut occupée par le duc Georges de Choiseul-Praslin dont l'histoire semble être un roman noir. Assassin de sa femme, il dut fuir au Nicaragua. La maison servit d'habitation plus tard au sinistre Walker. Après des années d'abandon, elle est maintenant un café-restaurant plein de charme.
La Gran Francia
Nous avons passé un long moment à admirer les collections variées du Musée de l'ancien couvent San Francisco. Elles évoquent un ensemble de traditions propres à Granada, présente des tableaux de primitifs rassemblés par l'artiste Asiliá Guillen, et une série d'œuvre contemporaines d'art naïf qui me font penser à certains peintres haïtiens ou aux dessins de David Coulibaly au Mali. Plusieurs salles sont consacrées aux arts populaires religieux, très importants ici, notamment lors des festivités de la Semaine sainte ou de la célébration très suivie de l'Immaculée Conception. Enfin, le musée expose du mobilier traditionnel qui meublait les grandes demeures bourgeoises, du mobilier plus contemporain en rotin et des sculptures en pierre en provenance du site archéologique de Zapatera.
On trouve énormément de meubles en osier
Statuette en bois articulée
Un burrito et une quesadilla achetés en ville ont constitué l'essentiel de notre ordinaire, pris "chez nous" pour profiter du cadre magique et du calme de La Leytona.
Autre statuette en bois articulée (chez notre hôtesse)
L'après-midi a encore été riche en découvertes. Même si l'Amérique centrale et le Nicaragua en particulier ne sont pas des gros producteurs de chocolat, comme la Côte d'Ivoire (35,1pc) ou le Ghana (21,8pc), Granada a un petit musée du chocolat où l'on peut même apprendre à faire son chocolat. Il présente les principales étapes de la production de cacao (torréfaction, pelage, broyage, presse des fèves, tempérage, raffinage, moulage). Il rappelle aussi les vertus du chocolat, sans doute pour donner bonne conscience aux visiteurs tentés par une dégustation.
Le musée du chocolat accueille des artistes qui réalisent des œuvres originales (ici : travail sur des capsules de canettes !)
Les plus gros consommateurs de chocolat se trouvent en Europe : Suisse (119 tablettes de 100 gr. par an et par habitant), Irlande (97), Autriche (88), Belgique (83), Allemagne (82), Norvège (80). Les Français font figure de petits joueurs avec une consommation de 63 tablettes !
Une visite au cimetière était recommandée dans plusieurs guides. Il est effectivement très curieux. Il aligne de très nombreux mausolées dont la blancheur éclate sous le soleil. Neuf présidents du Nicaragua qui ont exercé leurs fonctions entre 1853 et 1967, y reposent.
Nous avons eu droit à assister à l'arrivée d'un cortège funèbre qui, pour nous, semblait surgir du passé : corbillard noir rutilant, brinquebalant, attelé à des chevaux marchant à pas lents et suivi des proches du défunt...
Nous avons enchaîné un coup d'œil sur deux églises. La première, la capilla Maria Auxilliadora, mérite un coup d'œil pour ses frises de fleurs et ses tons pastels.
Concernant la seconde, l'iglesia de Xalteva, reconstruite en 1890, la ville se développa autour d'elle (on distingue encore le mur d’origine qui séparait le quartier espagnol du quartier indigène). Nous avons eu droit à une fin de messe d'enterrement, à croire que l'on attend la fin de journée, quand il fait moins chaud, pour procéder aux obsèques. Le cercueil semble standard, le corbillard aussi !
Notre avant-dernière étape fut pour l'église de La Merced déjà vue hier, mais nous voulions profiter cette fois de la vue sur la ville au déclin du jour depuis le haut du clocher.
Nous avons terminé par le front de lac et poussé jusqu'aux Isletas, situées à 5 minutes à peine de Granada. Nous avons assisté au déclin du jour en prenant un jus de fruit à la terrasse d'un des bars qui jalonnent la côte et offrent une vue sur une partie des quelque 400 petites îles basaltiques - certaines habitées, d'autres désertes - qui seraient nées à la suite d’une éruption du volcan Mombacho il y a bien longtemps.
Nous avons dîné dans le cadre agréable du restaurant El Zaguán ("L'entrée", "Le vestibule"), près de la cathédrale, en prenant soin, par précaution, de ne pas traîner en ville trop tard après 21 heures car les rues se vident plus tôt qu'à León et c'est alors, selon notre hôtesse, que l'on peut avoir à faire avec quelques individus mal intentionnés ou imbibés.
Ceviche












































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