lundi 16 janvier 2017

15 janvier 2017 (Estelí / San Rafael del Norte / Jinotega / Matagalpa)

Après avoir absorbé le desayuno tipico de l'hôtel (que nous commençons à bien connaître, à une ou deux légères variantes près, mais en tout état de cause à base de riz et des incontournables petits haricots rouges), 


Nous avons quitté la Casa Vinculos vers 9h30 en direction de Jinotega, un autre chef-lieu de département, situé au nord d'Estelí, toujours dans la région la plus septentrionale du pays, non sans un regard sur la statue fétiche d'Esteli.


La région est montagneuse (les sommets culminent en général entre 1 500 et 1700 m). L'itinéraire que nous avons emprunté toute la journée a été très tourmenté et m'a fait penser aux "montagnes russes" des fêtes foraines.

    L'habitat dans un village de montagne


   Transports en commun (un air de déjà vu sous d'autres cieux)

Nous avons fait un bref arrêt à La Concordia, initialement pour voir l'église qui était malheureusement fermée. L'arrêt nous a appris que c'était dans ce bourg d'environ 6 500 habitants qu'était né le 4 octobre 1879 un des héros nationaux du Nicaragua, homme de loi, diplomate et général, Benjamin Zeledón. Il est mort exécuté, le 4 octobre (!) 1912, à 33 ans. Le bourg est paisible. La mairie est une symphonie de couleurs, tout comme les bordures et les équipements du parc municipal.

    Que diraient "mes" administrés si je lançais la mode à La Chalade ?

Le bourg de San Rafael del Norte au sud-est du volcan Yalí (1 542 m) a retenu notre attention à plus d'un titre. Son cimetière tout d'abord ! Je voulais voir à quoi ressemblait un cimetière nicaraguayen. Ici pas d'alignement au cordeau comme chez nous, mais plutôt une anarchie maîtrisée ! La confection des tombes n'est, semble-t-il, pas un travail de professionnel, mais plutôt l'œuvre de proches du défunt. Les inscriptions sont souvent peintes à main levée sur les stèles qui sont colorées comme au Mexique, mais les tons bleus prédominent, sans oublier les fleurs en plastique...


Son église blanche ensuite, où Sandino aurait épousé une fille du pays et qui, là encore, donne sur un petit parc municipal. Son sanctuaire enfin qui se dresse au sommet d'une colline et auquel on accède par un imposant escalier. Il est devenu la sépulture d'un père franciscain d'origine italienne, Odorico d'Andrea (1916-1990), vénéré dans la région et même au-delà. La population lui est reconnaissante d'avoir construit à San Rafael et dans les environs des chapelles, un hôpital, un dispensaire médical, un centre d'accueil pour personnes âgées, une école, et l'adduction. Il est aussi connu pour avoir favorisé le dialogue et la réconciliation entre les factions opposées lors de la guerre civile. Avec un tel bilan, on conçoit que le prêtre canonisé soit mort d'un arrêt cardiaque ! Le sanctuaire attire les fidèleset les'pénitents. Nous avons même vu deux femmes, une jeune mère de famille et une plus âgée, monter péniblement le long escalier à genoux !



   Une des deux pénitentes en fin de parcours...

    Plantes épiphytes le long de l'escalier du sanctuaire

À six kilomètres du centre du bourg, nous avons rejoint le site d'une attraction connue sous le nom de Canopy Tour qui enchaîne une douzaine de tyroliennes dans un site forestier en altitude. C'est un propriétaire terrien qui a eu l'idée de construire un parcours d'arbre en arbre pour diversifier ses activités. Le matériel est local, mais certains éléments ont été fabriqués en France, l'illustration du dynamisme à l'exportation de certaines PME. L'exercice n'est pas trop physique, mais plutôt spectaculaire.






   Un ouistiti en action

   Mais le guide fait encore mieux


Pour des raisons pratiques et parce que les commentaires étaient bons, nous avons déjeuné sur place, au petit comedor, qui dispose d'une terrasse agréable. Nous commençons par trouver que la cuisine nicaraguayenne manque de diversité. Les ingrédients de base étaient les mêmes que ceux du petit-déjeuner (haricots rouges, riz, fromage) complétés par une cuisse de poulet grillée !

Après ces nouvelles agapes et avant de rejoindre Jinotega, nous avons fait un détour pour découvrir San Sebastián de Yali, au nord du volcan Yali (1 500 mètres d'altitude). Là encore, le point focal est l'église et la place centrale qui sert d'espace de convivialité ! Les habitants, notamment les jeunes, s'y retrouvent pour passer un moment. Une halle sportive à claire-voix a été aménagée pour des rencontres amicales. Une petite fête foraine très pittoresque faisait la joie des plus petits, tandis qu'ici où là des petits producteurs venaient négocier des sacs de café dans des centrales d'achat. En fait, comme nous le constaterons tout au long de la journée, c'est toute l'économie de la région qui semble tourner autour du café : culture très présente dans ce paysage tourmenté, pré-séchage dans des plateaux rectangulaires placés à même le sol, commercialisation en direction des grossistes et semi-grossistes dans des gros sacs roses ou blancs facilement reconnaissables.








Quand nous avons atteint Jinotega, la ville connaissait l'effervescence des fins de marchés et les embouteillages qui les accompagnent. Il y avait foule. Le marché attire visiblement les habitants de tous les alentours et notamment les paysans des villages perdus dans la montagne qui s'entassent alors dans les bus aux couleurs bigarrées et aux galeries bien garnies de paquets en tous genres, tandis que les commerçants commencent à remettre dans des grands sacs des monceaux de vêtements en vrac et que des femmes continuent à s'affairer devant des grills.




Comme ailleurs, le centro historico s'est développé autour est de la cathédrale et du parc central. C'est vraiment une caractéristique de tous les bourgs et villes de la région que d'avoir un parc central généralement ombragé devant l'église, avec une aire de jeux pour enfants, des bancs, un kiosque, des barrières peintes de couleurs vives, bleu, orange, vert pomme et jaune. Nous ne pouvions pas quitter la ville sans goûter un café jinotegano. Goût excellent !





Nous sommes arrivés à Matagalpa au moment où le soleil se couchait. A partir de la fin du XIXe siècle, une importante vague d’immigration allemande a contribué au peuplement des montagnes alentour. Des déçus souvent la la ruée vers l'or en Californie ! Les gouvernements de Pedro Joaquim Chamorro et Evaristo Carrazo leur accordèrent 350 ha et 20 000 pieds de café par tête – sur des terres confisquées aux indigènes de la région, qui se révoltèrent d’ailleurs en 1881. Outre le café,  le département de Matagalpa est très agricoles (riz, maïs, betteraves et carottes) et horticole.

Surnommée la « Perle du Septentrion » du Nicaragua, la ville elle-même est située à 700 m d’altitude et est entourée d’un "collier de montagnes aux pignons émeraude", selon une chanson populaire. Elle est éparpillée sur plusieurs cerros (collines). La pente de certaines rues doit approcher des records mondiaux en la matière. Comme Jinotega, Matagalpa a souffert des révolutions et contrerévolutions dans les années 1970-1980.


Nous avons élu domicile à l'hôtel Lomas Santo Tomas, un peu excentré sur une hauteur qui domine la ville. Tout y semble un peu surdimensionné par rapport à ce que nous avons connu jusqu'ici. Lobby, couloirs, escaliers et chambres sont vastes.

Pour échapper au riz et aux haricots rouges des restaurants nicaraguayens (deux fois dans la même journée suffisent !), nous sommes allés vers 19 heures, dans un restaurant réputé, La villa é bella, tenu par un Italien et nous avons mangé... une pizza ! Avant de regagner l'hôtel, nous avons fait un tour en ville sur le coup de 20 heures. La ville est articulée autour de deux places principales. La première, celle de Rubén Darío, est située vers le sud. S'y concentrent les établissements bon marché. Outre une grande statue du poète en tenue d'académicien, se dresse une statue dédiée à deux pères de la révolution sandiniste, natifs de Matagalpa, Carlos Fonseca, fondateur du FSLN en 1961, et Tomás Borge (1930-2012), co-fondateurs avec Santos López et Silvio Mayorga et ancien Ministre de l'intérieur. Fonseca a trouvé la mort en montagnes, trois ans avant la prise de pouvoir de son mouvement.

La seconde, celle de Morazán, où se dresse la cathédrale, construite entre 1874 et 1903, est plus au nord. Un office très suivi s'achevait, de sorte que nous avons pu en voir l'intérieur. Une petite bruine s'est mise à tomber par intermittence. Elle a laissé de marbre les autochtones qui se prélassaient sur les bancs, tandis qu'un petit orchestre de jeunes continuait de jouer. Nous ne nous sommes attardés que le temps de déguster un cheese cake très américain.


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