Nous nous sommes postés peu après 11 heures au bord de la petite route avec nos valises. Il n'a pas fallu deux minutes pour qu'un petit taxi en maraude nous prenne à son bord pour nous conduire à l'aéroport pour la modique somme forfaitaire de 1$. Tout au long du parcours, nous avons été de nouveau frappés par la passion des locaux pour les couleurs originales ainsi que par la forte présence adventiste, pentecôtiste et d'autres mouvements charismatiques du même acabit. Des églises se réclamant de ces courants missionnaires jalonnent l'itinéraire.
Dans un aéroport de poche comme celui de Big Corn, les formalités d'enregistrement sont rapides. La fouille des bagages à main ou en soute est en revanche très complète, non pour des raisons liées à une improbable action terroriste (on se sent ici très loin de l'organisation Etat islamique et de ses émules !), mais dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogues (examen sérieux des bagages à main en particulier, pratiquement vidés). D'ailleurs, nous avons retrouvé le bon toutou qui avait accueilli les passagers, il y a trois jours, à leur descente d'avion et qui de nouveau était invité par son maître à flairer les bagages entassés sur le chariot avant embarquement et les passagers eux-mêmes.
L'ATR 42 de la compagnie nicaraguayenne La Costeña, spécialisée dans les vols intérieurs (elle ne dessert à l'étranger que Tegucigalpa, capitale de l'Etat voisin du Honduras, comme chacun sait) a décollé à l'heure, n'a pas pris de retard à l'escale de Bluefields et s'est donc posé à l'heure dite à Managua. L'agent de Sixt reconnaissable entre tous à son polo orange, était là pour nous confier les clefs de la même voiture que nous avions utilisée à notre arrivée dans le pays. Se souvenant des parcours défoncés que nous lui avions fait prendre, celle-ci s'est d'ailleurs écriée "non pas encore eux..." Tout s'est donc enchaîné à merveille jusqu'au départ de l'aéroport peu avant 14h00. Il nous restait environ 130 km à parcourir pour rejoindre, via Jinotepe et Rivas, le minuscule port de San Jorge pour embarquer sur le premier ferry qui se présenterait à destination de l'île d'Ometepe au sud-est de Managua. Nous misions sur celui de 16h30.
Ça n'a pas été aussi simple. Le GPS a commencé par nous faire prendre un itinéraire qui nous a plongés dans des embouteillages inextricables à Managua, alors que nous aurions pu et du éviter la capitale et, au moment où nous en voyions le bout après avoir pris une bonne heure de retard sur nos prévisions, la police nicaraguayenne a fait preuve de son savoir-faire en matière de racket... Nous avions déjà subi un contrôle qui s'était bien passé du côté de León, il y a quelques jours. J'avais même eu droit à la poignée de main du policier, quand il m'avait rendu mes papiers !
Là, l'objectif était clairement de racketter les conducteurs, notamment étrangers. Certes la loi interdit toute corruption, mais que faire, surtout quand on est pressé et étranger de passage, face à un policier qui invente une infraction et qui fait du chantage à la rétention de permis de conduire ? J'ai vu venir le moment où j'aurais dû aller dans quelques jours à Managua récupérer mon permis dans un obscur service avec le risque qu'il ne soit égaré... Bref, nous avons acquitté la somme de 1000 córdobas (30€) au bout d'un quart d'heure de vaines palabres et sans reçu en contrepartie... J'ai tout de même exprimé clairement ma crainte que ce genre d'attitude ne favorise pas le développement du tourisme...
Je ne m'étends pas sur la façon dont ont été parcourus les cent kilomètres nous séparant encore de San Jorge, ponctués qui plus est de nombreux ralentissements inhérents aux zones urbanisées traversées et au grand nombre de poids lourds qui empruntent la NIC 2 ! Nous avons réussi quand même à atteindre le port à 17h15, mais arriver une demi-heure avant le départ du dernier ferry et avoir une place à bord pour la voiture, sont deux choses différentes. Non seulement la grille du port était fermée, mais aussi le guichet de vente des tickets... Par chance, le "commandante" était encore là et s'est laissé fléchir sans trop de palabres. Je lui ai fait remarquer que notre voiture était "pequeña" (petite) ! Nous avons ainsi obtenu le précieux sesame et notre Hyundai a embarqué quasiment dans la foulée.
En voyant le bâtiment, j'ai compris que nous avions eu beaucoup de chance ! Il m'a tout de suite fait penser à ce petit remorqueur qui était le héros d'histoires pour enfants quand j'étais petit... "Un amour de petit ferry" ! Ni Olivier, ni moi n'en avions vu d'aussi petit, mis à part bien sûr les traversiers pour franchir des fleuves. Là, il s'agit tout de même d'un parcours de plus d'une heure pour couvrir une bonne quinzaine de kilomètres sur le lac Nicaragua, appelé aussi Cocibolca, une véritable mer intérieure (8264 km2, 161 km de long sur 71 de large), parfois soumis à des vents violents.
Le guidage
Le volcan La Concepción en fond (on remarque l'ampleur du pont supérieur...)
À toute chose malheur est bon ! Nous avons assisté au coucher de soleil, avons vu les deux volcans d'Omepete, la Conceptión (1610 m) et Maderas (1394 m), être peu à peu absorbés par la nuit, et avons pu observer un merveilleux ciel étoilé.
Après une heure et quart de traversée à un rythme vraiment poussif (à l'opposé de celui du panga entre Big Corn Island et Little Corn Island !), nous avons débarqué à Moyogalpa, le principal bourg de l'île. Celle-ci étant très grande (31 km de long sur 10 de large, sauf à l'endroit où elle fait un étranglement de 5 km, 276 km2, 35000 habitants), il nous restait une trentaine de kilomètres à parcourir sur l'île pour rejoindre notre hébergement, la Casa del Bosque dans la finca (ferme) Campestre.
Nous avons fait une partie de la route avec un autochtone dont nous avions fait la connaissance à bord et qui était heureux de trouver un véhicule pour le rapprocher de chez lui car les taxis sont très chers et les bus très lents. Il nous a expliqués dans un anglais parfait qu'il travaillait plusieurs mois par an neuf heures par jour, dans un centre d'appel à Managua, pour un grand groupe commercial américain, mais souhaitait s'orienter vers les métiers du tourisme à Ometepe.
Nous avons été soulagés d'arriver au restaurant éponyme de la finca, situé à quelques centaines de mètres de celle-ci, car nous n'avions pratiquement pas déjeuné. Nous avons fait honneur à un excellent plat... thaï avant de gagner la Casa del Bosque, où nous avons prévu de passer trois nuits. Elle est tenue par un Anglais qui l'a rebâtie de ses mains. Juché en hauteur, le bâtiment semble avoir du caractère, mais il est difficile de l'apprécier pleinement en le découvrant de nuit...






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